Deux poèmes en écoute

Aujourd’hui, je partage ce poème écrit en atelier de plein air, ce mois d’avril. Nous avions travaillé, une nouvelle fois, sur cette structure syntaxique qui m’avait émerveillée dans Je ne suis pas un oiseau, le splendide album d’Anne Herbauts (éditions Esperluète, 2019) :

SI … SI

En atelier, c’était la troisième fois.

Pour moi, je ne compte plus les variations sur ce qui semble se clore sur soi, mais qui ouvre en réalité sur des possibilités de glissements, de tuilages, de polysémie et de motifs rythmiques infinis.

Cette fois, j’avais attaché à cette forme une contrainte rythmique de type « 3-multiple de 3 »


Mais aussi, un extrait de mon solo de poésie et objets sonores RETOURS.

C’est un poème berceuse de quatre minutes plus ou moins, dont voilà un extrait – une moitié – écrit l’été dernier en août 2020, à l’occasion d’une résidence au Rexy, à Saint Pierre des Corps.

« Retours des lettres aimées » fait écho à « Doux chant », poème hommage à l’amour féminin et aux souvenirs usés sucrés qui me restent et sur lesquels j’ai déposé des choses de moi.

Ce retour des lettres aimées remet sur l’ouvrage le « ressac sur le texte », qui ne s’arrête jamais, et varie toujours dans RETOURS, son écriture, ses lectures.

Le rêve de la main de Frida

En juillet, j’ai travaillé avec Eduardo Berti – entre autres, grâce aux Mille Univers qui organisaient leur semaine d’ateliers d’écritures annuels.

J’ai envie d’en laisser ici ce texte, écrit à partir des Rêves de rêves d’Antonio Tabucchi. On peut également l’écouter ICI.

Le 18 septembre 1925, la main de Frida rêve d’une maison bleue. Le reste de son corps est trop proche de la destruction pour accrocher ses souvenirs qu’il a vécus. La main de Frida rêve du bleu de sa maison et voit flamboyantes des couleurs qui s’étendent sur les crépis extérieurs.

La main de Frida rêve qu’une plume fine et courte est posée comme une cicatrice dans le plat de sa paume. Les rayures gris et noir sont des sutures. Quelque chose a transpercé la main de Frida et la main de Frida sort des ruines de son corps du bois et des poils.

La main de Frida cherche son ventre vide de petits corps croissants. La main de Frida cherche la bouche de Frida qui est trop ouverte pour qu’elle en sente la frontière des lèvres. La main de Frida part en quête de contours et d’objets hors du lit d’hôpital. La main de Frida longe les murs, cherche la rivière, survole les pays et les voluptés d’une multitude de corps.

La main de Frida palpe un crâne qui arbore une abondante chevelure ; la main de Frida façonne alors les lèvres de Frida qui embrassent les cheveux, à l’arrière du crâne. Et entre les mèches apparaît une bouche, charnue, régulière, sombre. La main de Frida porte aux lèvres de Frida la main de Diego qu’elle ne connaît pas encore pour l’embrasser. Tout le monde le saura bientôt, c’est la certitude qui domine dans le rêve de la main de Frida.

La main de Frida peint ses propres miroirs.

La main de Frida saisit sur la table de sa cour intérieure, à la nuit tombée, un petit carnet de commandes qui, il y a quelques temps, lui a servi pour prendre des notes. La main de Frida touche les lignes d’écritures et de dessins inscrits dans l’épaisseur du papier. La main de Frida sent le papier s’éclairer comme une luciole et la nuit s’éclaircir autour d’elle. La paume de la main de Frida est pleine de vallées et de crevasses mais ses mouvements vivent. La peau de la main de Frida est aussi dense et fine que les œillets rouges qu’elle accroche à ses tresses rituellement. La main de Frida est le seul rêve de Frida que Frida peut rêver.

Frida la boiteuse et ses sœurs et ses enfants jamais nés et ses os tortueux et douloureux et ses voyages et ses livres rouges et ses crampes et ses journaux et ses pinceaux, Frida la brune, Frida avait une main.

SYLVAN BALLADES : 1ER ALBUM

FINANCEMENT PARTICIPATIF

J’ai commencé à écrire sur les végétaux il y a longtemps. puis j’ai étudié, lu, réfléchi, aux flores des friches, aux broussailles, aux basculements dans les forêts. J’en ai fait un mémoire. J’en ai beaucoup parlé autour de moi. « Ce serait dommage d’en rester à l’académisme, écris des poèmes et on fait un spectacle », m’a dit ma sœur.

Ainsi est né SYLVAN BALLADES, trio familial de bonne composition, à la croisée des chemins de la musique élisabéthaine et baroque & de la poésie sonore contemporaine.

On y croise des êtres solitaires, abandonnés, joyeux, sensuels, magiques. De nombreuses divinités, sylvestres ou issues des cosmogonies qui m’inspirent, se laissent approcher ici ou là.

Dans un parcours du plus extérieur, du plus humain, au plus mystérieux et magique, la musique et le texte emmènent les oreilles et les esprits dans une grande balade, sous forme de concert poétique.

Le confinement nous a poussé vers l’envie folle d’enregistrer SYLVAN BALLADES : Musique XVIIe siècle et poésie contemporaine autour des forêts, notre création familiale qui vivait pour le moment devant les publics belge et français. Cette idée en germe depuis longtemps peut voir le jour grâce à Augustin Lusson et Bathos Records.

Nous serons en enregistrement du 14 au 18 juillet !
Pour mener à bien ce projet, nous en appelons à votre aide et votre générosité, avec un

FINANCEMENT PARTICIPATIF, JUSQU’AU 10 AOÛT 2020

SYLVAN BALLADES tisse la poésie sonore contemporaine et la musique anglaise et française du 17e siècle.
Cette création se déploie comme une balade à travers bois, et donne à entendre une forêt tour à tour inquiétante, apaisante, érotique et magique.
Ainsi, chacun.e pourra nous suivre dans cette promenade musicale à travers les imaginaires de la forêt, confortablement installé.e depuis son salon.

• Lien de la cagnotte avec de très chouettes contreparties + toutes les informations sur le projet :
https://www.helloasso.com/associations/poso/collectes/sylvan-ballades-premier-album-musique-poesie

• Présentation et dossier complet ici :
https://www.assoposo.com/sylvan-ballades
https://bathosrecords.bandcamp.com/

SYLVAN BALLADES, musical promening » // Musique XVIIe siècle et poésie contemporaine autour des forêts
Une coproduction

PoSo asso // Ensemble l’Angélique // Bathos records
Écriture, mise en voix : Axèlle Glé (Llène) // Soprano : Alice Glaie // Luths : Justin Glaie


Bonne ambiance

C’était en septembre 2017, autant dire il y a plusieurs éternités.

C’était un temps pas moins bon qu’aujourd’hui.

Plutôt même plus libre.

Festival de Livre d’artiste la P’tit’ édit’, 2e édition.

Ce texte a donné lieu à un livre d’artiste réalisé par Léna Dessein-Laurichesse, exposé chez Malica Lestang, relieuse, en septembre 2019 (P’tit’ édit’ #4)

Captation Dominique Barberet, merci à elle !

Le facteur est passé

Après plusieurs jours d’absence, j’ai reçu une enveloppe – l’adresse était manuscrite – contenant deux carrés de papier noir rehaussés d’un seau à l’encre blanche.

C’est le dernier dernier Chat de Mars, par Julien Boutreux.

On y trouvera deux poèmes écrits par moi à sa demande, aux côtés de camarades poètes, Catherine Andrieu, Nicolas Gonzales, Milène Tournier, Vanhonfleur. Les encres sont d’Yveline Bouquard.

Pour le commander, c’est ici.

Grand merci !